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L’éducation est un vecteur essentiel de développement économique et de justice sociale. L’accès à une éducation de qualité est la garantie d’une société qui favorise l’égalité des chances et l’atteinte du potentiel de tous. Pour un gouvernement préoccupé par l’avenir du Québec, peu de décisions sont plus importantes que le choix des politiques publiques en matière d’éducation.

S’il serait exagéré de prétendre que le réseau d’éducation est en crise, des défaillances sérieuses sont néanmoins apparues au cours des dernières années. De tous ces enjeux, le plus grave est sans contredit le décrochage et la sous-diplomation chronique des élèves québécois. Malgré des investissements importants au cours de la dernière décennie, le taux de diplomation ne s’est pas réellement amélioré au Québec. Selon les dernières données disponibles, seulement 69,3 % des élèves québécois des réseaux public et privé (et 54,2 % des garçons du réseau public francophone) obtiennent leur diplôme d’études secondaires dans les délais. En Ontario, le chiffre comparable est de 81,2 %.

La bonne nouvelle, c’est que la recherche des dernières décennies indique la voie à suivre : pour améliorer la performance des élèves et freiner le décrochage, il faut miser sur l’enseignement de qualité. La mauvaise nouvelle, c’est que le système d’éducation du Québec néglige actuellement cet enjeu.

Les déficiences du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES) touchent plusieurs aspects du parcours des enseignants, de l’encadrement de la qualité et de la prévision des effectifs et des ressources. Alors qu’ils constituent la véritable pierre d’assise d’un réseau d’éducation de qualité, l’admission des candidats à l’enseignement au Québec est peu sélective ; la formation est peu axée sur les contenus disciplinaires; les jeunes enseignants héritent des classes les plus difficiles – qui sont de plus en plus exigeantes dans le réseau public régulier – ; ils bénéficient rarement d’accompagnement lors de leurs premières – et cruciales – années de travail ; ils ne sont pas évalués et n’ont pas à participer à des activités de formation continue.

L’absence de données publiques, de planification et de prévisions, de même que le manque actuel d’enseignants dans certaines écoles du Québec, témoignent de cette gestion inadéquate, qui mérite des correctifs à court terme.

La qualité de l’enseignement au coeur de la réussite des élèves

La recherche est sans équivoque : plus que tout autre facteur scolaire, la qualité de l’enseignement influence la réussite des élèves. La qualité de l’enseignement a notamment un impact marqué sur le comportement en classe et l’accession aux études supérieures.

Il s’avère toutefois difficile d’identifier la formule qui permettrait de cibler les enseignants qui contribueront le plus aux succès de leurs élèves. En effet, le résultat le plus frappant de la recherche concerne l’absence de corrélation entre certains facteurs spécifiques – certification professionnelle, type de formation, obtention d’une maîtrise – et la qualité de l’enseignement prodigué. Certaines études suggèrent même que les enseignants qui n’ont pas de diplôme en éducation performent aussi bien que leurs homologues issus des programmes traditionnels. L’enseignant performant semble ainsi être le produit d’une combinaison de plusieurs ingrédients, incluant un talent difficile à mesurer, prévoir et reproduire.

Dans ce contexte, les décideurs publics devraient s’inspirer des meilleurs systèmes, notamment en matière de qualité de l’enseignement.C’est dans cet esprit que l’étude présente les approches de Singapour, de la Finlande, des Pays-Bas et de l’Ontario quant à (1) la sélection et la formation des enseignants, (2) leur insertion professionnelle, et (3) leur rémunération et encadrement professionnel.5

Meilleures pratiques internationales et réalité québécoise

Alors que les systèmes d’éducation performants misent sur des enseignants choisis parmi les meilleurs étudiants, le Québec ne parvient pas à attirer dans les facultés d’éducation les étudiants aux dossiers académiques les plus solides. Le manque de valorisation de la profession et un milieu de travail jugé difficile font en sorte que les critères d’admission dans les facultés d’éducation sont peu exigeants.

Au chapitre de la formation des enseignants, le Québec diverge des systèmes les plus performants à plusieurs égards, incluant :

• Un parcours majoritairement de 1er cycle universitaire ;

• Un parcours peu axé sur la formation disciplinaire ;

• Une importante formation pratique ; et

• Une maîtrise qualifiante exceptionnellement longue pour les bacheliers disciplinaires.

Comparée aux meilleures pratique internationales, l’insertion professionnelle des enseignants québécois est gravement déficiente. L’encadrement formel, le soutien actif et la rétroaction varient mais sont généralement limités. Ce contexte favorise le décrochage enseignant.

Finalement, alors que l’OCDE considère que la formation continue et le développement professionnel constituent un élément essentiel du cheminement de carrière des enseignants, le Québec n’a aucun processus systématique en matière d’évaluation, de formation continue et de progression professionnelle des enseignants.

Quatre propositions

La comparaison des meilleures pratiques internationales avec la réalité québécoise suggère des pistes d’amélioration claires, notamment au chapitre de l’encadrement de la qualité de l’enseignement. À l’heure actuelle, les enseignants du Québec sont encadrés de manière déficiente à presque toutes les étapes de leurs parcours : de leur sélection à leur insertion professionnelle et leur développement continu. Par ailleurs, la responsabilité diffuse pour ces enjeux entre le MEES et les autres acteurs du milieu, notamment les commissions scolaires, empêche une gestion stratégique et une réponse efficace. 

Face à ces constats, quatre propositions sont formulées :

1. Repenser la formation des enseignants pour renforcer la formation disciplinaire et accroître le bassin de candidats potentiels :

  • Offrir dès maintenant une maîtrise de 12 mois pour les diplômés universitaires issus de programmes universitaires pertinents, et menant à un brevet d’enseignement au secondaire.
  • Si l’expérience de la maîtrise de 12 mois s’avère concluante, faire de ce parcours une voie privilégiée d’accès à la profession enseignante pour le secondaire.

2. Encadrer systématiquement et offrir un soutien actif obligatoire à tous les enseignants du Québec pour leurs deux premières années de pratique.

3. Prévoir davantage de temps dédié à la formation continue dans l’horaire des enseignants et assurer un suivi du temps consacré par les enseignants à leur développement professionnel.

4. 
Confier au MEES ou une autre entité pertinente la responsabilité :

• D’estimer les besoins d’effectifs et les ressources du réseau ;

• D’assurer un suivi rigoureux et systématique de la qualité de l’enseignement ;

• D’évaluer ses principaux programmes, à partir de toutes les données pertinentes ; et

• De publier de façon rapide, utile, efficace, centralisée et transparente toutes les informations et données pertinentes qui sont disponibles au sein du réseau de l’éducation du Québec.

Les propositions formulées dans cette étude s’articulent autour d’une vision qui place la qualité de l’enseignement au coeur des préoccupations du système. À court terme, ces propositions pourront faire d’une pierre deux coups : contribuer à enrayer la pénurie d’enseignants, et accroître la qualité de l’enseignement. À plus long terme, l’objectif consiste à revaloriser la profession enseignante et lui donner l’importance centrale qu’elle devrait occuper dans toute société authentiquement préoccupée de son avenir social et économique.

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